Le constructeur chinois AutoFlight a fait voler le V5000 Matrix, le plus gros appareil électrique à décollage vertical jamais construit au monde. Avec ses 5,7 tonnes au décollage et ses 10 places passagers, cet engin mi-hélicoptère mi-avion a bouclé son premier vol complet à Kunshan, en Chine. De quoi bousculer le marché naissant des taxis volants.
Un premier vol réussi à Kunshan
Le Matrix appartient à la famille des eVTOL, pour "electric Vertical Take-Off and Landing". Pour dire ça plus simplement, c'est un appareil 100 % électrique qui décolle et atterrit à la verticale comme un hélicoptère, mais qui vole ensuite à l'horizontale comme un avion. AutoFlight a fait décoller le sien depuis son centre d'essai de Kunshan, dans l'est de la Chine, le 5 février dernier. L'appareil a réussi ce qu'on appelle un vol de transition : décollage vertical, passage en croisière, puis atterrissage vertical. C'est la manœuvre la plus technique pour ce type d'engin. Jusqu'ici, les taxis volants existants pesaient entre 1,5 et 3 tonnes et ne transportaient que 4 à 6 personnes. Le Matrix double la charge.
Tian Yu, le fondateur d'AutoFlight, connaît bien le sujet. Il avait déjà créé Yuneec en 1999, un fabricant de drones qui a longtemps fait de l'ombre à DJI. AutoFlight, fondé à Shanghai en 2016, pousse le curseur encore plus loin avec des appareils pensés pour transporter des passagers sur de vraies distances.
Un avion-hélicoptère de 20 mètres d'envergure
Le Matrix fait 20 mètres d'envergure (comparable à un petit avion de ligne régionale), 17 mètres de long et 3,3 mètres de haut. La cabine est assez spacieuse pour accueillir 10 passagers en configuration business ou 6 en VIP, avec toilettes, climatisation et grandes fenêtres d'un mètre carré. AutoFlight propose aussi une version cargo pour transporter jusqu'à 1 500 kg de marchandises.
Pour se maintenir en l'air, l'appareil embarque pas moins de 20 moteurs de levage (ceux qui servent au décollage vertical) et 8 moteurs de croisière (pour le vol horizontal). En tout-électrique, il peut parcourir 250 km. La version hybride, qui ajoute un moteur thermique, promet jusqu'à 1 500 km, de quoi relier deux villes sans escale.
La Chine mise gros sur les taxis volants
Voilà déjà quelques années que le gouvernement chinois a fait des taxis volants une priorité nationale, et le marché pourrait peser lourd : on parle de 9,5 milliards de yuans (environ 1,2 milliard d'euros) dès 2026. Dix ministères préparent des normes pour encadrer le secteur, et les villes jouent le jeu : Shenzhen prévoit 1 200 plateformes d'atterrissage dédiées, et Shanghai veut devenir la capitale mondiale du secteur.
AutoFlight n'est d'ailleurs pas seul. EHang, un autre constructeur chinois, a déjà reçu une commande de 100 appareils pour des circuits touristiques. Et Xpeng, qu'on connaît plutôt pour ses voitures électriques, prépare la production en série de son propre modèle à Guangzhou.
On en dit quoi ?
Le Matrix a quand même de quoi impressionner. Un taxi volant de 5 tonnes avec toilettes et climatisation, on n'est plus du tout dans le petit drone à quatre places. La version hybride à 1 500 km d'autonomie pourrait même concurrencer certains vols régionaux. Mais la Chine avance aussi très vite sur la réglementation, et c'est peut-être ça le vrai atout : pendant que l'Europe et les États-Unis se perdent encore dans les textes, Pékin certifie ses appareils en moins de trois ans. Il reste quand même à voir combien de temps il faudra avant de croiser ce genre d'engin au-dessus de nos têtes en France. Vu qu'on galère toujours avec la question des trottinettes électriques sur les trottoirs, autant dire que les taxis volants, ce n'est pas pour demain.